Le Courrier — 11/09/2026

Publication: Le Courrier
Issue: 11/09/2026
Title: L’onirique est aussi politique
By: Samuel Schellenberg
Photos: Thomas Maisonnasse

Toute l’exposition repose sur une grande œuvre d’encre et d’aquarelle, La madre que me enseña a respirar (2026). Elle montre plusieurs personnages. dont une femme métisse qui souffle sur le crâne d’un bébé qu’elle tient dans ses bras. «C’est un rêve que j’ai fait en janvier, explique Marisa Cornejo. Mon père m’y présentait cette femme comme étant ma vraie mère, qui m’apprenait à respirer.»
Dans l’exposition «El Taller de la Fragilidad» (l’atelier de la fragilité), à l’espace d’art genevois Halle Nord, l’œuvre est accompagnée d’un cimetière de totems blancs au sol, tapissés côté face de photos issues des archives de l’artiste, reproduites comme s’il s’agissait de cartes postales. Ces formes émanent aussi de son rêve, fait alors que l’artiste était au Chili en compagnie de sa mère – un moment «un peu stressant». En déconstruisant le songe.
Marisa Cornejo comprend que le souffle de sa génitrice rêvée est là pour l’aider à se détendre, également dans le contexte du retour au pouvoir de l’extrême droite.
Par le filtre onirique, les thèmes de la mémoire, de l’exil ou de l’actualité mondiale tourmentée surgissent volontiers dans le travail de l’artiste, qu’il soit plastique, installatif ou performé. Originaire du Chili, la famille Cornejo a dû fuir le pays après le putsch de Pinochet en septembre 1973 – la petite Marisa avait deux ans –, s’engageant dans un long périple passant par l’Argentine, la Bulgarie, la Belgique, le Mexique ou la Grande-Bretagne, avant de s’installer dans la région genevoise.